France Info: L’ADEIC Guadeloupe s’exprime sur la vie chère en Outre-mer
Les journalistes Olivier Lancien et Nadine Fadel ont relevé les propos d’Hilarion Bévis-Surprise, secrétaire général de l’ADEIC Guadeloupe.
Vie chère : « Nous sommes dans une société qui n’est pas concurrentielle du tout », selon une association de consommateurs guadeloupéenne »
Quoi qu’en dise l’Autorité de la concurrence, les consommateurs dressent le même constat en Outre-mer, notamment en Guadeloupe et en Martinique : les prix sont nettement plus élevés localement que dans l’Hexagone. L’ADEIC réagit au rapport qui dit que les marges des opérateurs ne sont pas « anormales ». L’association réclame des contrôles, des sanctions, une ouverture à davantage de concurrence et une table ronde avec tous les acteurs.
Les réactions se multiplient, après la publication du rapport de l’Autorité de la concurrence sur la vie chère et ses mécanismes. Ce rapport avait été commandé en janvier 2025 par le gouvernement, pour répondre à la contestation populaire, qui avait occasionné des manifestations, voire parfois à des émeutes fin 2024, en Martinique. Mais son analyse et ses conclusions s’appliquent, de l’aveu même de l’Autorité, aux autres régions d’Outre-mer, également concernées par cette « vie chère » tant décriée par les populations locales.
« L’Autorité estime que le niveau de marges pratiquées par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution intégrés actifs en Martinique présente des similitudes avec celui observé dans l’Hexagone. »
Extrait du rapport de l’Autorité de la concurrence
En somme, les marges des opérateurs ne sont pas jugées « anormales« .
Contrôle et sanctions, la clé ?
Hilarion Bévis-Surprise, se dit surpris des conclusions de l’Autorité de la concurrence. Il exige qu’il y ait plus de contrôles et de sanctions.
« Je suis surpris, surtout quand je me mets à la place des consommateurs qui, quand ils vont dans les grandes surfaces, se rendent compte que les prix sont n’ont rien à voir avec les ceux pratiqués en Hexagone. Ce qui est important pour nous avant tout, c’est contrôler les prix. On veut des points, on peut vraiment qu’il y ait des inspecteurs de la consommation qui puissent aller sur place, sans prévenir qu’ils arrivent, et contrôler. »
Pour cet acteur, qui accompagne les consommateurs, le nombre d’intermédiaires influe sur les prix.
« Entre le produit qui est acheté en France hexagonale et qui arrive en Guadeloupe, il faut payer le transport, il faut payer la logistique, il faut payer par la suite beaucoup d’intermédiaires fantômes et, le plus souvent, ce sont les intermédiaires qui sont dans le même groupe. Ça fait 5 intermédiaires, avant que le prix arrive dans les rayons. Donc il va falloir éliminer des gens qui, financièrement, ne font pas grand-chose et qui se sucrent sur le dos des consommateurs guadeloupéens. »
Le BQP, un coup d’épée dans l’eau ?
Hilarion Bévis-Surprise est tout de même d’accord sur le constat de l’Autorité, s’agissant de l’inefficacité du Bouclier qualité prix (BQP), censé lutter contre la vie chère. Un dispositif qui se traduit par un panier de produits de première nécessité à moindre coût.
« Ça fait des années que nous, au niveau de l’ADEIC Guadeloupe, on le dit : le fameux BQP ne sert absolument à rien ! Et ça serait bien qu’on puisse s’asseoir autour d’une table et qu’on puisse discuter. Quels sont les produits dont un consommateur guadeloupéen a vraiment besoin ? Il s’agit surtout de se baser sur les produits de première nécessité. »
L’association rejoint aussi entièrement l’Autorité de la concurrence sur la nécessité d’appliquer des sanctions, plutôt que des rappels à l’ordre : ceux qui ne respectent pas les prix imposés doivent payer de lourdes amendes. Ainsi, les choses évolueront, de son point de vue.
À quand plus de concurrence ?
Autre nécessité, selon l’ADEIC : la mise en place d’une véritable concurrence, dans les centrales d’achats.
« Il faut qu’il y ait davantage de concurrence et, surtout, donner la possibilité à des investisseurs guadeloupéens d’avoir des centrales d’achat. Actuellement, tout est bloqué et c’est bloqué par les mêmes personnes. Donc nous sommes dans une société qui n’est pas concurrentielle du tout, au détriment du Guadeloupéen. »
Pour l’ADEIC, l’organisation d’une table ronde, avec les collectivités, les distributeurs, les grossistes, ainsi que les associations de consommateurs, s’impose. Il s’agira de « parler concrètement des prix en Guadeloupe et non pas se baser sur certains fonctionnaires qui ont fait des études », explique Hilarion Bévis-Surprise.
À ECOUTER > « Le Panier« , le podcast qui suit mensuellement l’évolution du prix d’un panier de 15 produits du quotidien dans les 4 hypermarchés de l’île (un mélange entre marques locales et de distributeurs), depuis octobre 2024.
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