Les Jardins de Cocagne : une ruche au service d’un projet solidaire, social et environnemental
L’Adéic siège au conseil d’administration et au conseil consommateur d’Aprifel, l’Agence pour les fruits et les légumes, et chaque année, l’agence organise une visite de terrain pour aller à la rencontre d’un ou plusieurs acteurs de la branche fruits et légumes.
Cette année, les 24 et 25 juin, nous nous sommes rendus, avec d’autres représentants d’associations de consommateurs, à Besançon. Notre première visite a été pour les Jardins de Cocagne de Chalezeule, Structure d’Insertion par l’Activité Economique, créée par l’association Julienne Javel (Association d’insertion sociale et professionnelle dans le Doubs)
« En structurant son projet autour de la lutte contre les exclusions, du développement local, et de la protection de l’environnement, les Jardins de Cocagne sont enracinés au cœur du Développement Durable et de l’Économie Sociale et Solidaire. Les Jardins de Cocagne sont adhérents du Réseau Cocagne. Ce réseau mène des actions pour soutenir l’ensemble des Jardins de Cocagne de France. »
Les jardins de Cocagne vendent chaque semaine 450 paniers de légumes bio, locaux, de saison aux habitants des alentours. En tant qu’association de défense des consommateurs, nous voulions savoir si les personnes qui s’abonnent à ces paniers venaient uniquement chercher des légumes bio ou si, par leur adhésion, ils soutenaient l’agriculture biologique, les circuits courts, l’insertion professionnelle, la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’aide alimentaire.
En espérant pouvoir les rencontrer, nous avons commencé la visite. Très vite, nous avons découvert une véritable ruche.
Les Jardins de Cocagne sont un lieu où travaillent 60 personnes à temps partiel, en démarche d’insertion, encadrées par des maraichers et par des travailleurs sociaux placés sous l’autorité d’un chef de service. Ces personnes, habitant toutes à proximité, sont sélectionnées sur une liste d’attente sur orientation de prescripteurs habilités. Elles restent toutes entre 3 et 18 mois.
Sur ce chantier, plusieurs métiers sont représentés et les personnels exercent celui pour lequel ils ont le plus de compétences ou pour lequel ils développent un projet professionnel. Les activités sont nombreuses : semis, désherbage, plantations, secrétariat, ménage, logistique des livraisons, conditionnement, conduite de tracteurs, réparations mécaniques, vente. Chaque expérience acquise constitue un véritable atout pour retrouver ensuite un emploi durable. Savoir semer et désherber est par exemple un gage de minutie et de patience.
Les fruits et légumes des paniers sont récoltés la veille du jour où les acheteurs viennent les chercher. Quand il y a du surplus, les travailleurs en récupèrent, un certain nombre est donné au Restau du Cœur ou vendu à la Banque alimentaire, deux structures situées à proximité des Jardins de Cocagne. La Banque alimentaire finance ses achats grâce aux ressources obtenues via le programme « mieux manger pour tous » : « destiné à améliorer l’accès des publics en situation de précarité aux denrées alimentaires durables et de bonne qualité nutritionnelle. » Par ailleurs, dans la liste des acheteurs du panier, il y a des personnes qui relèvent de l’aide alimentaire et qui payent le panier moins cher. Elles bénéficient aussi d’un accompagnement plus large car elles peuvent participer gratuitement à des ateliers de cuisine au cours desquels elles apprennent à se nourrir autrement, en mangeant moins de viande, moins de produits transformés et plus de fruits et légumes. Outre la cuisine, ces personnes peuvent suivre des ateliers d’éducation à l’étiquetage alimentaire, visiter librement les jardins maraichers, bénéficier de dons de plants si elles veulent cultiver un potager sur leur balcon, cultiver avec d’autres un potager dans les jardins partagés de l’association. Les ateliers de cuisine sont les seuls ouverts à l’ensemble des adhérents. Ils favorisent ainsi une véritable mixité sociale, qui ne se produit pas spontanément dans la vie quotidienne, sauf quand les clients viennent chercher leur panier ou qu’ils se rendent le vendredi à la boutique magasin bio Graines de Maraîchers à Besançon – Chalezeule.
Les Jardins de Cocagne ont aussi développé des actions envers les étudiants en s’adressant à leurs associations et en leur proposant des paniers de fruits et légumes à trois euros. Ce rapprochement s’est fait à l’occasion de la mise en place du projet MIAM ( Mutualisons les Initiatives entre Agriculteurs et Mangeurs). Les Jardins de Cocagne souhaiteraient aussi développer un partenariat avec la restauration collective, les EHPAD, les hôpitaux… Dans l’immédiat, ce n’est pas possible pour des problèmes de logistique.
A l’issue de cette visite, nous n’avons pas pu rencontrer les acheteurs des paniers bio et donc, nous n’avons pas pu les interroger sur leurs motivations à venir s’approvisionner aux Jardins de Cocagne. Mais en visitant cette ruche où se croisent agriculture biologique, insertion professionnelle, solidarité alimentaire, formation et développement local et qui est donc bien plus qu’un simple lieu de production maraichère, nous avons imaginé qu’ils n’étaient pas seulement des « acheteurs » mais également des « consommateurs-citoyens », participant en toute conscience au soutien d’initiatives locales, sociales et responsables, et contribuant à construire une économie plus humaine et plus durable.