Passage à Windows 11 : une obsolescence logicielle contraire aux valeurs de l’Adéic

En mai 2015, Microsoft annonçait l’arrivée de Windows 10, en assurant aux utilisateurs que celle-ci serait la dernière version de Windows et que toutes les futures mises à jour se feraient directement sur Windows 10. Malgré cela, en juin 2021, soit 6 ans plus tard, la multinationale américaine revient en arrière et déclare la sortie de Windows 11.  À la même période, la fin du support de Windows 10 est officiellement déclarée pour octobre 2025. Face aux plaintes de nombreux utilisateurs et entreprises, Microsoft repousse la fin du support avec un délai supplémentaire jusqu’en octobre 2026 sous certaines conditions. Ce délai reste insuffisant selon Samuel Sauvage, cofondateur de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) qui demande un report jusqu’en 2030.

 Pourquoi Microsoft nous incite à passer à Windows 11 ?

À partir d’octobre 2026, Windows 10 ne sera plus pris en charge, mais qu’est-ce que cela signifie exactement ? Votre ordinateur continuera de fonctionner mais ne pourra plus recevoir les correctifs de sécurité et de fonctionnement qui assurent la protection de votre machine. Vous serez donc plus exposé aux virus et aux cyberattaques. Par ailleurs, l’assistance technique ne sera plus disponible sur les PC n’ayant pas Windows 11.  De plus, Microsoft recommande de faire le changement « pour éviter les problèmes de performances et de fiabilité » liés aux applications.

Or, pour pouvoir installer cette nouvelle mise à jour, il y a des exigences techniques demandées dont une puce TPM version 2.0, qui a commencé à apparaitre sur les ordinateurs à partir de 2018. Cela veut dire que tous les ordinateurs antérieurs à 2018 n’ont plus les critères requis par Microsoft pour pouvoir installer Windows 11. Il faudra donc remplacer les ordinateurs par des machines plus récentes.

 Passage à Windows 11 : un scandale écologique et économique

Ce choix de Microsoft ne concerne pas certains appareils isolés. Les entreprises vont devoir renouveler une bonne partie de leur parc informatique, comme la mairie de Paris, qui a annoncé au journal 20minutes que dix mille ordinateurs étaient obsolètes dans ses locaux en 2025. Ce sera donc autant de déchets informatiques qu’il faudra traiter sachant que selon l’ONU, seulement 22% des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) ont été recyclés correctement en 2022. Certaines entreprises sont spécialisées dans le recyclage d’appareils électroniques mais cela représente un coût supplémentaire. Le reste du temps, les déchets sont exportés illégalement dans des pays d’Afrique ou d’Asie, qui deviennent des décharges à ciel ouvert, ce qui représente une grande pollution et un risque sanitaire pour ces pays mais aussi du gaspillage de ressources précieuses, qui auraient pu être réutilisées.

On pourrait penser que la destruction d’un appareil représente le plus gros impact environnemental mais selon l’Arcep « 70% à 80% de l’empreinte carbone d’un ordinateur est générée avant même que vous ne l’allumiez pour la première fois ». En effet, la fabrication demande des ressources importantes qu’il faut extraire, comme les métaux rares qui sont coûteux en eau et en énergie. De plus, le transport et la distribution s’additionnent à un impact déjà bien trop lourd.

Sur le plan financier, le remplacement des parcs informatiques représente une grosse dépense non prévue. Ce budget peut être compliqué voire impossible à trouver pour certains particuliers ou certaines associations ou PME. Pour vous donner un exemple, prenons l’ADEIC. L’association possède sept ordinateurs qui seront prochainement obsolètes. En moyenne, une unité centrale avoisine les 700 euros pour un usage bureautique. Le calcul est rapide, on remarque que l’ADEIC va devoir dépenser environ 5000 euros simplement à cause de la fin de Windows 10. Et ce budget concerne seulement le matériel. Pour beaucoup de structures, cela s’ajoute aux différents logiciels proposés comme la suite Microsoft 365 (Word, Excel …). Même s’il existe des tarifs réduits pour les associations, il faut maintenant acheter l’abonnement pour chaque utilisateur et non plus par ordinateur, ce qui alourdit encore la facture.

Pour rappel, une autre solution a été mise en place par Microsoft sur une durée limitée. Les particuliers peuvent s’inscrire au programme ESU (Extended Security Updates) pour une année au prix de 30 € et c’est cette option qui permet d’étendre le support jusqu’en octobre 2026. Pour les entreprises, le programme ESU peut s’étendre jusqu’en octobre 2028 avec un tarif qui double chaque année. Ce n’est pas une vraie solution malgré tout, cela revient juste à décaler le problème.

Quelles alternatives à Windows 11 ?

Pour continuer à utiliser vos ordinateurs plus anciens, une alternative est disponible, les systèmes d’exploitation libres. La plupart de ces logiciels sont gratuits et disponibles pour tous, le plus connu étant Linux. Ils permettent de s’éloigner de Microsoft et toutes les GAFAM (les 5 plus grandes entreprises qui contrôlent le marché du numérique). En plus d’être gratuits, les logiciels libres sont plus respectueux de votre vie privée et sont hébergés localement. Cela vous permet de reprendre la main sur vos données mais surtout, les logiciels libres n’ont pas de date de péremption comme Windows, vous allez donc pouvoir garder vos ordinateurs aussi longtemps que possible. Pour bien comprendre, voici une analogie simple ; votre système d’exploitation c’est une maison. Utiliser un système libre revient à être propriétaire et construire soi-même ses murs et ses fondations. Vous savez comment cela est construit et cela vous appartient pour toujours. A l’inverse, utiliser Windows c’est être locataire d’une maison, avec un propriétaire qui vous observe avec des caméras de surveillance. En plus de connaitre toutes vos habitudes et de s’en servir pour vous manipuler, il peut décider de couper votre bail à tout moment.

Cependant, il existe quand même certaines contraintes à utiliser des systèmes libres. Certains peuvent être relativement différent des logiciels qu’on connait déjà c’est pourquoi la prise en main peut être un peu longue. De plus, même si une grande partie des applications disponibles sur Windows possède un équivalent en version libre, certaines plus spécifiques ne peuvent pas encore être remplacées. Par exemple, les applications de Microsoft 365 ne pourront plus être téléchargées directement sur votre machine mais la version en ligne sera toujours accessible, néanmoins elles possèdent moins de fonctionnalités.

Une fois ces contraintes prises en compte, imaginons que vous décidez quand même de passer aux systèmes libres. Cela peut être un petit peu compliqué. Si vous n’avez aucune connaissance en informatique, n’hésitez pas à vous diriger vers un professionnel du secteur. Il réalisera alors une migration vers Linux et votre ordinateur sera débarrassé de Windows. Mais cela a un coût. Et si vous décidez en plus de faire appel à une infogérance qui fera le suivi de votre ordinateur pour d’éventuels problèmes informatiques, il faudra payer aussi. Si en revanche vous êtes à l’aise en informatique ou bien accompagné, sachez que le passage à Linux est largement accessible, de nombreux tutoriels sont à disposition sur internet. Prenez quand même des précautions, faites une sauvegarde de toutes vos données pour ne rien perdre en cas de problème.

Si finalement vous décidez de rester sur Windows mais que vous voulez commencer à vous décentraliser, ou simplement si vous cherchez des équivalents à vos services en ligne habituels, le collectif des CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) est là pour vous. Ils recensent gratuitement de nombreuses structures qui proposent des services en ligne respectueux de vos données.  Voici le lien de leur site internet : https://www.chatons.org/presentation

Tout ça demande beaucoup de réflexions et de temps pour pouvoir se renseigner. À l’ADEIC, cela dure depuis des mois. Passer à Windows 11, c’est beaucoup d’argent pour notre association et ça heurte nos valeurs et notre éthique. Après beaucoup de recherches et de discussions avec différents prestataires (infogérances, acteurs des Chatons) nous avons finalement opté pour Linux. Nous savons que le changement ne sera pas simple mais nous préférons tout de même tenter l’aventure du libre et faire un choix plus responsable.

Image : AS_photography in Pixabay