Marie-Hélène Ruby : « Un locataire accompagné par une association, ça fait bouger les choses ! »

Du 15 novembre au 15 décembre 2026, les locataires des organismes HLM seront appelés à élire leurs représentants. Présents dans les conseils d’administration et les instances de concertation, ces élus portent la voix des locataires auprès des bailleurs et participent aux décisions qui concernent leur logement et leur cadre de vie. À l’approche de ce scrutin, nous avons rencontré Marie-Hélène Ruby, présidente de l’Adéic Logement, qui revient sur son engagement, le rôle de l’association et la campagne menée sur le terrain.

Magalie Jauneau : Pouvez-vous vous présenter, nous expliquer comment vous avez rejoint l’Adéic logement et quels sont vos rôles dans cette association ?

Marie-Hélène Ruby : Je suis Marie-Hélène Ruby.  En 2016, j’ai déménagé et nous avons constaté avec mon mari, que les premières régulations de charges étaient énormes dans notre office HLM. Alors, avec des voisins, nous sommes partis voir une association, l’Adéic Logement, anciennement, Fédération Logement Consommation (FLC). De fil en aiguille, je suis rentrée dans l’association, je suis d’abord devenue secrétaire, puis, présidente adjointe, et enfin, présidente en 2023. L’ancien président a démissionné et c’est moi qui ai pris sa place. Être présidente, ça veut dire que j’aide les représentants des locataires élus auprès de différents bailleurs à remplir leurs missions au quotidien. Je suis moi-même représentante des locataires auprès du bailleur Office 64.

Magalie Jauneau : Pourquoi y a-t-il des élections de représentants des locataires auprès des bailleurs sociaux entre le 15 novembre et le 15 décembre 2026 ?

Marie-Hélène Ruby : Les représentants des locataires auprès des organismes HLM sont élus tous les quatre ans. Depuis les élections de 2018, l’Adéic Logement présente des listes afin de porter la voix des locataires auprès des bailleurs sociaux. Le nombre de candidats à présenter sur chaque liste varie selon le statut du bailleur : il peut être de six, huit ou dix personnes, avec une alternance entre les femmes et les hommes. Les sièges sont ensuite attribués proportionnellement aux résultats obtenus aux élections par chaque liste. Les représentants des locataires sont là pour défendre les droits, les intérêts des locataires et pour faire entendre leur voix. Une fois élus, ils sont présents dans toutes les instances où sont prises les décisions qui concernent les locataires, notamment dans les conseils d’administration.

Magalie Jauneau : Comment abordez-vous concrètement ces élections ?

Marie-Hélène Ruby : D’abord, notre association participe aux réunions organisées avec le bailleur pour préparer les élections. Nous prenons connaissance du protocole électoral et nous discutons de ce qui nous paraît acceptable ou doit être modifié. Une fois que nous sommes parvenus à un accord avec le bailleur, nous signons ce protocole. A la suite de cela, il faut faire connaître notre association auprès des locataires, faire « campagne ». Cela signifie, rédiger un programme, créer des outils de communication, des banderoles, des flyers qu’il faudra aller distribuer dans les résidences, dans les boîtes aux lettres, ou directement aux locataires en faisant du porte-à-porte.  Bien souvent, on est mal reçus parce qu’ils pensent que nous travaillons pour le bailleur ou alors, ils ignorent notre existence. Tracter, c’est intéressant car ça permet de rencontrer les gens, bien sûr mais aussi de repérer des problèmes, des scooters démontés qui trainent en bas d’un immeuble par exemple, un câble électrique qui pend d’une fenêtre pour charger une petite voiture au-dehors. Notre association peut directement faire remonter tout cela aux bailleurs.

Magalie Jauneau : Quelles autres associations présentent des listes lors de ces élections ?

Marie- Hélène Ruby : En fait, les organisations nationales représentatives des locataires sont définies par décret du 18 mars 1988. Il s’agit de : L’AFOC (Association Force Ouvrière Consommateurs) ; La CGL (Confédération Générale du Logement) ; La CNL (Confédération Nationale du Logement) ; La CSF (Confédération Syndicale des Familles) ; La CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie). A celles-là s’ajoutent, depuis la loi « égalité et citoyenneté » de 2017, toutes les associations nationales de défense des consommateurs dont fait partie l’Adeic.

Pour nous différencier de ces associations, on met en avant notre présence auprès des locataires. On n’est pas seulement joignables par téléphone ou par courrier. Nous, on se déplace chez les gens. On va sur le terrain, parfois très loin de chez nous. Je prends des photos de tout ce qui ne va pas. Je fais des rapports très détaillés ; et quand les locataires n’ont aucune réponse de leur bailleur, je fais remonter souvent plus haut que le responsable. Quand il n’y a pas de réponse, je fais carrément remonter à la direction. Un locataire accompagné par une association, ça fait bouger les choses, alors qu’un locataire seul, eh bien, souvent, il ne se passe rien du côté des bailleurs.

Magalie Jauneau : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce que peuvent faire les représentants des locataires élus pour tenter de défendre les locataires et d’améliorer leur qualité de vie ?

Marie- Hélène Ruby : Par exemple, ils assistent aux conseils de concertation locative (CCL) chez le bailleur. Beaucoup de sujets sont abordés et les bailleurs demandent l’avis des représentants des locataires. Dans ces réunions, on aborde les questions de réhabilitations et les travaux à envisager, celles des chaudières qu’il faut ou non remplacer, des baignoires qui doivent ou non laisser place à des douches. On se demande comment adapter les logements pour les personnes handicapées et comment répondre à la problématique du bien vieillir. Prochainement, nous allons commencer à travailler sur tout ce qui est à la charge du locataire et tout ce qui est à la charge du bailleur.

Pour conclure, on peut donc dire qu’à travers ces élections, les locataires choisissent celles et ceux qui porteront leur voix pendant quatre ans auprès de leur bailleur et qui les accompagneront pour que les problèmes soient réglés.

France Info: L’ADEIC Guadeloupe s’exprime sur la vie chère en Outre-mer

Les journalistes Olivier Lancien  et Nadine Fadel ont relevé les propos d’Hilarion Bévis-Surprise, secrétaire général de l’ADEIC Guadeloupe.

https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/vie-chere-nous-sommes-dans-une-societe-qui-n-est-pas-concurrentielle-du-tout-selon-une-association-de-consommateurs-guadeloupeenne-1671174.html

Vie chère : « Nous sommes dans une société qui n’est pas concurrentielle du tout », selon une association de consommateurs guadeloupéenne »

Quoi qu’en dise l’Autorité de la concurrence, les consommateurs dressent le même constat en Outre-mer, notamment en Guadeloupe et en Martinique : les prix sont nettement plus élevés localement que dans l’Hexagone. L’ADEIC réagit au rapport qui dit que les marges des opérateurs ne sont pas « anormales ». L’association réclame des contrôles, des sanctions, une ouverture à davantage de concurrence et une table ronde avec tous les acteurs.

Les réactions se multiplient, après la publication du rapport de l’Autorité de la concurrence sur la vie chère et ses mécanismes. Ce rapport avait été commandé en janvier 2025 par le gouvernement, pour répondre à la contestation populaire, qui avait occasionné des manifestations, voire parfois à des émeutes fin 2024, en Martinique. Mais son analyse et ses conclusions s’appliquent, de l’aveu même de l’Autorité, aux autres régions d’Outre-mer, également concernées par cette « vie chère » tant décriée par les populations locales.

« L’Autorité estime que le niveau de marges pratiquées par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution intégrés actifs en Martinique présente des similitudes avec celui observé dans l’Hexagone. »

Extrait du rapport de l’Autorité de la concurrence

En somme, les marges des opérateurs ne sont pas jugées « anormales« .

Contrôle et sanctions, la clé ?

Hilarion Bévis-Surprise, se dit surpris des conclusions de l’Autorité de la concurrence. Il exige qu’il y ait plus de contrôles et de sanctions.

« Je suis surpris, surtout quand je me mets à la place des consommateurs qui, quand ils vont dans les grandes surfaces, se rendent compte que les prix sont n’ont rien à voir avec les ceux pratiqués en Hexagone.  Ce qui est important pour nous avant tout, c’est contrôler les prix.  On veut des points, on peut vraiment qu’il y ait des inspecteurs de la consommation qui puissent aller sur place, sans prévenir qu’ils arrivent, et contrôler. »

Pour cet acteur, qui accompagne les consommateurs, le nombre d’intermédiaires influe sur les prix.

« Entre le produit qui est acheté en France hexagonale et qui arrive en Guadeloupe, il faut payer le transport, il faut payer la logistique, il faut payer par la suite beaucoup d’intermédiaires fantômes et, le plus souvent, ce sont les intermédiaires qui sont dans le même groupe. Ça fait 5 intermédiaires, avant que le prix arrive dans les rayons. Donc il va falloir éliminer des gens qui, financièrement, ne font pas grand-chose et qui se sucrent sur le dos des consommateurs guadeloupéens. »

Le BQP, un coup d’épée dans l’eau ?

Hilarion Bévis-Surprise est tout de même d’accord sur le constat de l’Autorité, s’agissant de l’inefficacité du Bouclier qualité prix (BQP), censé lutter contre la vie chère. Un dispositif qui se traduit par un panier de produits de première nécessité à moindre coût.

« Ça fait des années que nous, au niveau de l’ADEIC Guadeloupe, on le dit : le fameux BQP ne sert absolument à rien ! Et ça serait bien qu’on puisse s’asseoir autour d’une table et qu’on puisse discuter. Quels sont les produits dont un consommateur guadeloupéen a vraiment besoin ? Il s’agit surtout de se baser sur les produits de première nécessité. »

L’association rejoint aussi entièrement l’Autorité de la concurrence sur la nécessité d’appliquer des sanctions, plutôt que des rappels à l’ordre : ceux qui ne respectent pas les prix imposés doivent payer de lourdes amendes. Ainsi, les choses évolueront, de son point de vue.

À quand plus de concurrence ?

Autre nécessité, selon l’ADEIC : la mise en place d’une véritable concurrence, dans les centrales d’achats.

« Il faut qu’il y ait davantage de concurrence et, surtout, donner la possibilité à des investisseurs guadeloupéens d’avoir des centrales d’achat. Actuellement, tout est bloqué et c’est bloqué par les mêmes personnes. Donc nous sommes dans une société qui n’est pas concurrentielle du tout, au détriment du Guadeloupéen. »

Pour l’ADEIC, l’organisation d’une table ronde, avec les collectivités, les distributeurs, les grossistes, ainsi que les associations de consommateurs, s’impose. Il s’agira de « parler concrètement des prix en Guadeloupe et non pas se baser sur certains fonctionnaires qui ont fait des études », explique Hilarion Bévis-Surprise.

À ECOUTER > « Le Panier« , le podcast qui suit mensuellement l’évolution du prix d’un panier de 15 produits du quotidien dans les 4 hypermarchés de l’île (un mélange entre marques locales et de distributeurs), depuis octobre 2024.

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Image: Lesbains39 in PIxabay