La folie Pokémon a débarqué en France.

 

Depuis le début de l’été 2016, Pokémon Go, l’application mobile de Niantic, est devenue le phénomène à la mode. A peine quelques jours après sa sortie, des millions de personnes à travers le monde en sont devenus dépendantes.

Pokémon Go est une application mobile ludique permettant de chasser des créatures virtuelles dans le monde réel. Ce jeu relève de la réalité augmentée.

Qu’est-ce que la réalité augmentée ?  C’est un système qui rend possible l’apparition virtuelle – les Pokémons – dans notre réalité et en temps réel. Pour ce faire, l’application utilise à la fois le GPS et l’appareil photo de notre téléphone portable. Ainsi, l’écran de celui-ci affiche une carte des lieux alentours sur laquelle apparaissent des Pokémons. En effet, les rues, les parcs, mais aussi les jardins des propriétés privées et les monuments en regorgent.

Quel est le but du jeu ? Le joueur devient un chasseur et un dresseur qui doit attraper tous les Pokémons et surtout les Pokémons rares, soit pour combattre dans les arènes, soit pour les collectionner.

Pour capturer des Pokémons, le principe est assez simple, il vous suffit de lancer, grâce à l’écran tactile « votre Poké ball » virtuelle sur le personnage projeté devant vous. Vous devez doser votre lancer selon la distance mais aussi la taille du Pokémon. Quand le Pokémon est bloqué dans la Poké ball, celui-ci est alors inscrit dans l’inventaire (Pokédex), des Pokémons déjà rencontrés et attrapés dans votre téléphone.

Pour attraper toutes sortes de Pokémons, il faudra vous promener dans beaucoup de lieux. Plus les Pokémons sont rares, plus ils sont difficiles à trouver et à capturer.

Pour se fournir en Poké balls, il vous suffit d’aller devant les Pokéstops (panneaux bleus qui s’animent dès que l’on s’approche d’eux) et de faire tourner la roue qui est représentée par un monument, un lieu, une station de métro ou encore une statue.

Plus vous visitez de nouveaux endroits et plus vos chances d’attraper des Pokémons rares augmentent.

Au sein du jeu, Nintendo et Niantic collectent de nombreuses données sur les joueurs. Avant de se lancer à la chasse aux Pokémons, il est nécessaire de créer un compte ou bien de se connecter avec son compte Facebook ou Google. Dans tous les cas, Nintendo et Niantic accèdent aux données suivantes : vos noms, prénoms, courriel, numéro de téléphone, adresse IP et numéro d’identification de votre smartphone. Ils s’accordent également le droit de collecter votre âge, sexe, pays de résidence, date de naissance, ainsi que vos loisirs, jouets et jeux préférés. Nintendo et Niantic enregistrent aussi votre localisation et précisent que « des publicités et certains contenus pourraient s’afficher en fonction de ces données ».

Les conseils de la CNIL : La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés en se basant sur une ancienne étude de la loi Hadopi, (CNIL, organisme de régulation des données personnelles en France) donne des conseils éclairés aux dresseurs de Pokémons. Le modèle économique de l’application repose sur du « free-to-play » c’est-à-dire jouer gratuitement. Or, cette gratuité cache une véritable mine d’or : la collecte des données générées par les utilisateurs à partir de leur smartphone. Par exemple, la géolocalisation, la « donnée reine » du smartphone, est une véritable contrepartie du jeu. Celle-ci est très précieuse pour affiner le ciblage publicitaire.

La CNIL précise également : « plutôt que de revendre les données de ses utilisateurs, l’éditeur du jeu préférera [à l’avenir] inciter ses joueurs à se rendre chez ses partenaires commerciaux. Ces derniers rémunéreront plus ou moins l’éditeur selon la qualité des profils qui franchiront leur porte ». Comme par exemple un partenariat avec Mc Donald’s qui payerait Niantic pour faire venir des Pokémons dans leurs fast food afin d’attirer des chasseurs dans leurs locaux, ce qui est déjà le cas au Japon.

Une application d’apparence gratuite : l’application Pokémon Go se télécharge gratuitement et connait un très grand succès depuis sa sortie. Il y a eu plus de 100 millions de téléchargements en moins d’un mois. L’application est même restée en tête des téléchargements de juillet à août 2016. Pokémon Go rapporte de l’argent et selon les estimations, Apple pourrait engranger 3 milliards de dollars de gains en deux ans. Comment cela est-il possible ? L’application permet par le biais de sa boutique d’acheter des poképièces. Celles-ci sont vendues par 100 pour 0.99€, par 550 pour 4.99€ et cela peut aller jusqu’à 99.99€ pour 14 500 poképièces. Grâce aux ventes de ces objets virtuels dans l’application et aux partenariats de la marque, ce nouveau jeu avait déjà généré 200 millions de dollars de revenus un mois après son lancement, ce qui est un record pour une application.

Le droit à l’image est-il respecté dans ce jeu ?  Toute personne a, sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, un droit exclusif qui lui permet de s’opposer à sa reproduction sans son autorisation expresse et spéciale. C’est ce que l’on appelle le droit à l’image.

En France, les lieux, les monuments, et toutes les propriétés privées ont également un droit à l’image et, une autorisation expresse est nécessaire afin de diffuser leurs images.

Les œuvres architecturales font partie des œuvres protégées par les droits d’auteur dès lors qu’elles présentent une certaine dimension. Ainsi, « toute reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause est illicite » (Article L122-4 du Code de la Propriété Intellectuelle). Pour être protégées, ces œuvres doivent être situées dans le domaine public et leur auteur ne doit pas être décédé depuis plus de 70 ans.

Une photographie ne pourra donc pas représenter sans autorisation la Géode ou encore le Centre Pompidou, le Viaduc de Millau etc.

Niantic utilise des reproductions dans le jeu Pokémon Go sans aucune autorisation et par conséquent ne fait aucun versement pour ce droit à l’image !

Quel est l’impact de cette application sur la planète ? L’utilisation de cette application requiert une batterie de téléphone résistante. Depuis la sortie de l’application, les ventes de batteries externes se sont envolées. Chez Darty, par exemple, elles ont été multipliées par neuf entre le lancement de l’application et le début du mois d’août. (Source : revue Capital) Comment va-t-on pouvoir gérer cet accroissement de déchets toxiques pour la planète ? C’est un nouveau défi qu’il faudra relever !

L’apparition et l’utilisation de ce jeu ont fait couler beaucoup d’encre. Aussi, nous allons tenter de lister de manière non exhaustive les arguments favorables et les dérives.

Les arguments favorables :

Pokémon Go et l’e-santé : Le succès de l’application illustre le potentiel des technologies digitales à changer des habitudes de vies. Dans le traitement des maladies chroniques comme le diabète, il faut, en plus d’un traitement efficace, inciter les patients à changer leurs habitudes de vie. Selon certains médecins, ce jeu inciterait des millions de personnes à parcourir les rues pour capturer des Pokémons, ce qui aurait plus d’impact en termes de santé publique que de nombreuses mesures de prévention sanitaire nationales. (Source : Journal « Les Echos »)

Pokémon Go peut également être un bon moyen pour certains de se mettre au sport. Le joueur doit marcher le plus de kilomètre possible pour comptabiliser des Pokémons.

L’interactivité : c’est la possibilité de réunir le monde réel qui nous entoure avec un monde virtuel à l’extérieur de chez nous. Elle incite les utilisateurs à se lever, à sortir pour découvrir des endroits nouveaux dans la ville. Cet été, les parcs ont été investis par des joueurs habituellement cloisonnés chez eux.

La collectivité : Il s’agit d’un nouveau type de jeu qui facilite des rencontres et des échanges entre les joueurs.

Les dérives :

Des accidents sont survenus car des joueurs ont foncé tête baissée, les yeux rivés sur leur smartphone, pour attraper des Pokémons annoncés sur la carte ou pour se battre dans des arènes. On dénombre ainsi de nombreux accidents de la route impliquant des piétons, des vélos, des skate boards, ainsi que des intrusions illicites dans des propriétés privées, etc.

Un conducteur jouant au volant a fini dans un arbre. Du coup, les sociétés d’autoroutes américaines mais aussi françaises diffusent des messages d’avertissement « Jouer ou conduire, il faut choisir ». La gendarmerie nationale a même écrit un tweet de prévention « Conducteurs, ne jouez pas à #PokemonGo ».

Certaines dérives sont même édifiantes :

A New York, un Pokémon rare est apparu au cœur de Central Park. Des centaines de « dresseurs » se sont donc précipités pour le capturer, créant un bouchon sur la route. Un automobiliste a même abandonné sa voiture pour se joindre à la chasse.

En Floride, un homme a tiré sur deux adolescents, en quête d’un Pokémon car il a cru avoir affaire à deux cambrioleurs.

En Nouvelle-Zélande, un jeune homme a démissionné pour se consacrer entièrement à la chasse aux Pokémons !

Pokémon Go a néanmoins sauvé des vies au Japon. Pour faire baisser le nombre de suicides, des Pokéstops ont été placés sur des falaises où des gens avaient l’habitude de mettre fin à leurs jours. Ces Pokéstops attirent donc les chasseurs de Pokémon en nombre, ce qui contrarie les projets des personnes voulant se suicider. (Source : Japan Times)

Ces dérives sont alarmantes et conduisent à se préoccuper du risque addictif induit par ce jeu. Selon le psychiatre Avel Goodman, les quatre caractéristiques principales des addictions comportementales sont :

  • L’impossibilité de résister à l’impulsion de s’engager dans le comportement ;
  • La tension croissante avant d’initier le comportement ;
  • Le plaisir ou soulagement au moment de l’action ;
  • La perte de contrôle sur le comportement.

Si certains utilisateurs jouent à Pokémon Go en toute tranquillité, sans aucune conséquence négative, que ce soit sur le plan physique ou psychologique, d’autres en revanche, peuvent en avoir une utilisation abusive menant à une addiction. Ce jeu virtuel n’est pas bon ou mauvais, c’est la manière dont il est utilisé qui importe et non sa nature.

Ce phénomène Pokemon doit nous alerter sur l’évolution de la perception que nous pouvons avoir du monde. En effet, l’importance accrue du virtuel, au détriment du réel semble, pour certains, être révélatrice du besoin de se réfugier dans le monde du jeu. Ce refuge virtuel permet ainsi de retrouver un peu d’estime de soi par l’accomplissement de performances telles que le remplissage maximal du pokédex.

C’est donc à chacun de décider d’y jouer « intelligemment » ou non et de rester vigilant. Mais, compte tenu des risques d’ordre sanitaire identifiés, il est clair que les parents devraient être attentifs, quant à l’utilisation de ce jeu par leurs enfants.

Nous pouvons donner quelques conseils de « bon sens » pour jouer à Pokémon Go de manière sécurisée :

  • Ne pas jouer en traversant la route.
  • Ne pas jouer en conduisant.
  • Na pas aller chercher des Pokémons dans des endroits dangereux.
  • Faire attention où l’on marche.
  • Ne pas chasser des Pokémons seul. En effet, certaines personnes se servent des leurres pour attirer des personnes qui jouent seules et leur voler leur téléphone.
  • Faire attention à ses enfants. Des pédophiles pouvant les attirer avec leurs Pokémons, il est préférable de sortir avec eux.
  • Respecter la propriété d’autrui. Ne pas s’introduire chez les gens pour chasser des Pokémons. Il en est de même pour les parcs fermés la nuit, car les forces de l’ordre se déplaceraient inutilement.
  • Limiter vos temps de jeu.
  • Ne pas dépenser inutilement de l’argent.