Les assises nationales de la mobilité, lancées en septembre 2017 par Elisabeth Borne, ministre chargée des transports, témoignent de l’engagement de la France en faveur d’une meilleure prise en compte de l’environnement dans les transports. L’objectif de ces assises de mettre en œuvre une politique de la mobilité qui soit en adéquation avec les enjeux du territoire sera présenté, courant 2018, dans la loi d’orientation des mobilités. Il s’agit, entre autres, de redéfinir les mobilités des usagers en se penchant sur le développement du fret ferroviaire, des transports en commun et des mobilités douces avec une attention particulière accordée aux transports de la vie quotidienne.

Parallèlement à cette grande consultation à laquelle tous les citoyens sont invités à participer, de nombreuses villes françaises ont déjà entamé, et ce depuis quelques années, ce changement d’orientation en développant des transports alternatifs à celui de la voiture, tel que le tramway, et en se dotant de vélos en libre-service avec bornes de rechargement. À l’instar du Vélib à Paris, il y a le Vcub à Bordeaux, l’EuroVélo17 à Lyon, le VéloCité à Mulhouse, ou encore le Bicloo à Nantes et le Vélobleu à Nice.

À côté de ces offres soutenues par les mairies des différentes villes, sont apparus récemment de nouveaux services proposés par des start-up majoritairement chinoises : GoBeebike implanté au départ à Hongkong et présente désormais à Lille, Paris, Reims, la start-up chinoise Ofo créée en 2014 dont les vélos fleurissent déjà dans 15 pays et 180 villes et prochainement dans les grandes agglomérations françaises.

Ces nouvelles offres de vélos en libre-service sans bornes permettent aux citoyens de louer un vélo, via l’application correspondante sur leur téléphone, moyennant la créditation de leur compte. Elles sont gage de liberté et de simplicité : sans abonnement, grâce au système de géolocalisation et la connexion en Bluetooth, il est facile de déverrouiller un vélo à proximité et de le déposer dans un parking à vélos en fin de course. Le véritable atout de ces nouveaux services est bien d’éviter de tourner en rond pour trouver une station de libre ! Néanmoins, si des unités de réparation chargées de remettre en état les vélos sur place existent, des efforts sont attendus en termes de prise en charge des désagréments pour certaines start-up.

Par ailleurs, ces sociétés ne disposant pas de bornes pour garer les vélos, les utilisateurs ont pour consigne de les reposer dans les parkings publics à vélos afin de limiter leur stationnement anarchique. Pourtant, certains s’affranchissent de cette règle en laissant les vélos sur le trottoir. Pour pallier ces abus, des sociétés de VLS sans bornes, à l’instar d’Obike, ont défini un système de bonus-malus pour responsabiliser les citoyens : en cas de mauvaise utilisation du vélo, le nombre de points crédités sur le compte baisse induisant ainsi une augmentation du prix de la course (1).

À Paris, ces nouvelles offres de vélos en libre-service sans bornes profitent de la passation chaotique de marché entre JCDecaux et Smoove (2) pour s’implanter ; l’arrivée des nouveaux Vélib’ étant attendue en janvier 2018 sur toute la métropole du Grand Paris. D’ailleurs, face à ce nouveau contexte, la position de la Mairie de Paris est hésitante : ces vélos en libre-service sans bornes renforcent la mobilité douce et s’inscrivent dans son projet d’aspirer au titre de capitale du vélo en 2020. Cependant, elle souhaite éviter des débordements. Pour ce faire, elle s’engage à encadrer le stationnement par une probable redevance pour occupation commerciale de l’espace public. Cette compensation se justifie vu le manque de parkings à vélos dans la capitale qui devraient d’abord être réservés aux cyclistes disposant de leur propre vélo. Par ailleurs, une éventuelle chartre des bonnes pratiques est en discussion avec l’ensemble des start-up concerné, portant notamment sur la qualité du service et sur les critères de performance. Cette chartre est bien accueillie par ces sociétés favorables à un travail effectué de concert avec les collectivités, afin d’obtenir une meilleure lisibilité des zones d’implantation, ainsi que d’éventuels partenariats avec des réparateurs locaux.

Ce marché bénéficie à l’ensemble des utilisateurs et complète l’offre de vélos en libre-service avec bornes. Il peut d’ailleurs inciter à une utilisation du vélo en complément d’autres moyens de transports et ainsi encouragé l’intermodalité (3).

Aussi la présence de vélos dans les agglomérations est-elle de plus en plus importante : qu’il s’agisse des VLS avec ou sans bornes, des cyclistes disposant de leur propre vélo, le vélo tend à s’imposer dans le paysage des transports urbains. Ce nouveau contexte devrait largement contribuer au développement par les collectivités de pistes cyclables et au nombre de parkings à vélos. Tout le monde sort gagnant !

  1. Entre 79 et 60 crédits, le tarif passe à 5 euros les 30 minutes. Sous 59   points, le prix monte carrément à 10 euros pour 30 minutes. Obike entre dans la course au vélo en libre-service à Paris, Carole Blanchard, BFM Business, le 9 novembre 2017.
  2. J JC Decaux est un groupe industriel français connu pour ses systèmes d’arrêts d’autobus publicitaires et ses systèmes de location de vélos en libre-service.
  3. Quant à Smoove, c’est une entreprise française créée en 2008 à Montpellier. Elle est membre du groupe Smoovengo qui a gagné le marché du nouveau Vélib’, face à JCDecaux justement.
  4. L’intermodalité consiste en l’utilisation de plusieurs modes de transport au cours d’un même déplacement.