Les états généraux se sont ouverts le 20 juillet dernier afin de mieux répondre aux attentes et aux besoins des consommateurs et de promouvoir une alimentation saine et durable. On aurait pu croire que le gouvernement français voulait véritablement accompagner la transformation des modèles de production et engager la politique alimentaire sur la voie de la transition agroécologique. Et ce, d’autant que les citoyens se positionnent majoritairement pour davantage de transparence sur la traçabilité et la transformation des produits, qu’ils plébiscitent les produits bio, étant plus attentifs aux préoccupations environnementales, et qu’ils sont aussi plus soucieux des conditions d’élevage. Pourtant, le gouvernement s’apprête à prendre différentes mesures qui soufflent dans le vent contraire… Tout cela n’est-il pas un peu paradoxal ?

L’agriculture biologique est en pleine expansion, l’augmentation de 20% des ventes en bio en 2016 en atteste. Comme un parent qui arrêterait d’aider son enfant dès qu’il verrait celui-ci progresser, l’État néglige quelque peu cette filière agricole en plein boom et fait même un pas vers Bruxelles pour en adoucir les contrôles.

En effet, fin septembre, le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, a annoncé le désengagement de l’État concernant les aides au maintien de l’agriculture biologique dès 2018 pour les recentrer vers les nouveaux producteurs.

Toutefois, le gouvernement se veut rassurant : le caractère florissant du marché du bio est à même de soutenir ce nouveau modèle agricole et les régions pourront toujours allouer ces aides. Depuis 2015, elles y participent dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle politique agricole commune. Mais le gouvernement ne dit pas tout. La fin de la participation de l’État doit absolument être compensée dans sa totalité au risque de voir également la fin des aides européennes. Comme l’écrit Léa Delpont (1) « Pour continuer de recevoir les fonds européens, les politiques publiques doivent en effet mettre au pot à hauteur de 25% ». C’est dire la pression qui repose désormais sur les régions dans un contexte de resserrement des coûts financiers.

En outre, Paris a entériné la décision de Bruxelles de réduire le nombre d’inspections de la filière bio. Chaque année, les organismes certificateurs avaient pour mission, au vu de l’étude approfondie des dossiers, de renouveler ou pas les licences accordées pour trois ans. Désormais, « les exploitations qui n’auront pas fait parler d’elles trois années de suite ne verront plus passer le certificateur que… tous les deux ans (2) ». Évidemment, cela n’est pas pour rassurer le consommateur lorsque l’on sait que les œufs bio ont également été touchés par le scandale du fipronil et que le label AB ne certifie pas l’absence totale de pesticides. Eh oui, la réglementation européenne impose seulement une obligation de moyens mais pas de résultats. Mais alors que l’Italie et Bruxelles souhaitaient ne pas accorder le label bio à des produits comprenant des pesticides, la France s’y est opposée !

Nous ne manquerons pas non plus de rappeler le scandale du glyphosate et le probable allègement de la position française à ce sujet ainsi que l’accord économique et commercial global (CETA), entré en vigueur de manière provisoire ce mois-ci. Ce traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ouvre notamment la voie à la vente de denrées alimentaires dont les normes sont moins exigeantes que les normes européennes et à une potentielle remise en question du principe de précaution.

Finalement, l’objectif initial des États généraux de l’alimentation – à savoir orienter la politique alimentaire vers des choix de consommation durables grâce à la création de valeur, à une répartition équitable de celle-ci et une rémunération plus juste des agriculteurs- se heurte à des prises de position françaises qui semblent privilégier la rentabilité et l’agriculture conventionnelle au détriment de la santé des consommateurs et d’une alimentation plus respectueuse de l’environnement.

  1. Léa Delpont, Bio : mort programmée pour les aides au maintien, Les Echos, n°22535, vendredi 23 septembre 2017, p.20.
  2. Jérôme Canard, Bruxelles envoie dans les choux les contrôles sur l’agriculture bio, Le canard enchaîné, n°5056, mercredi 20 septembre 2017.