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EDUCATION A LA CONSOMMATION :
DES PRINCIPES A LA REALITE DE TERRAIN

Table des matières

Introduction

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Partie 1

Une jeunesse happée par la consommation : du statut d’enfant à celui d’enfant prescripteur

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Partie 2

De la nécessité d’encadrer les pratiques de communication sur Internet

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Partie 3

Pour une éducation à la consommation au sein du cadre scolaire

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Conclusion

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Introduction

Notre étude porte sur l’éducation à la consommation, concept qui a commencé à être utilisé au début du XXe siècle. Son apparition est à mettre en relation avec le début des « mouvements de consommateurs ». Face au développement de la société de consommation et aux intérêts grandissants des industriels et des médias, ces organisations désiraient donner aux consommateurs un plus grand pouvoir d’action en veillant à les informer, à les défendre et à les représenter dans différentes instances. L’Union européenne a, elle aussi, dès la fin des années 90 pris la mesure de cette question. Avec le traité d’Amsterdam de 1997, elle a appelé de ses vœux que la protection des consommateurs, dans tous les pays membres, accorde une attention particulière à l’éducation à la consommation.

Les pays développés, en suivant le modèle capitaliste, ont marqué l’avènement d’une société dans laquelle la consommation occupe une place centrale. En consommant des produits dont le rapport qualité-prix est intéressant, nos sociétés encouragent une exploitation de la main d’œuvre des pays en voie de développement. Les personnes travaillent douze heures par jour dans des conditions sanitaires précaires et sans protection juridique. A cela s’ajoute le fait que la consommation est porteuse d’une empreinte environnementale : elle produit quantité de déchets, utilise des ressources vitales. Ainsi, « Le marché global, façonné par un amalgame idéologique de néo-libéralisme, de mondialisation orientée par le sommet, de conservatisme politique et de capitalisme, consacre la violence culturelle. Partant, les achats faits par les consommateurs finissent presque toujours, intentionnellement ou non, par nuire à d’autres personnes, à d’autres espèces ou à l’environnement [1]». Nous parlons désormais de société d’hyperconsommation dans laquelle il est répété que nous devons sans cesse en vouloir davantage. Les publicitaires et les industriels créent de nouveaux besoins chez les consommateurs ; ces derniers sont souvent convaincus que leur assouvissement sera source de joie et leur donnera même le sentiment d’exister.

Parallèlement, l’entrée d’Internet dans la vie professionnelle et personnelle a largement bouleversé les pratiques de la consommation. La dématérialisation du support, la connexion à très haut débit, l’abondance de l’information, les sollicitations constantes et la primauté de l’émotion sur la réflexion encouragent une société de l’immédiateté et du désir. De plus, cette culture du Net, à la fois source de création et objet de craintes, est en partie à l’origine d’un des grands fléaux de ce siècle : celui de l’obésité lié à de très mauvaises habitudes alimentaires. L’éducation à la consommation doit donc être repensée pour que l’éthique, l’acte citoyen, le respect de l’environnement soient au cœur des préoccupations de chaque pays. Outre de protéger le citoyen dans les actes de consommation quotidiens, cette éducation vise à l’amener à faire des choix réfléchis et raisonnables.

Cette notion d’éducation à la consommation est très vaste et recouvre de nombreux champs d’étude : la consommation durable, la santé et l’alimentation, l’éducation financière et l’éducation aux médias. Cette dernière comprend, entre autres, la question de la publicité et de la sécurité sur Internet et les réseaux sociaux.

 

Une jeunesse happée par la consommation : du statut d’enfant à celui d’enfant prescripteur

Notre façon de consommer influe sur la construction de notre identité et sous-tend un certain nombre de questions : quel choix de vie, quelle société désirons-nous, qu’est-ce qui nous importe au quotidien ?

Par l’acte d’achat, l’individu manifeste à la fois sa position citoyenne et sa position sociale. Pour exemple, les personnes fortunées donnent mais n’achètent pas d’occasion, la consommation citoyenne est principalement le fait de gens aisés et diplômés et les personnes issues des classes sociales défavorisées, ne parvenant pas à se projeter, sont dans une consommation au jour le jour. Les pratiques consuméristes, par le partage de valeurs qu’elles induisent, témoignent de l’appartenance à un groupe social mais la société tend, trop souvent encore, à définir les individus par les biens matériels qu’ils possèdent. Cette notion de groupe trouve un écho particulier chez les jeunes.

L’intégration à une communauté d’individus est primordiale pour la jeunesse, considérée comme un objet social. À la recherche d’eux-mêmes, les adolescents sont à la fois animés d’un désir d’affranchissement, de contestation et de rébellion et dans l’attente d’une approbation de la part de leurs pairs due à cette appartenance au groupe. Celle-ci passe, notamment, par un langage commun, une façon de vivre, un style particulier, le partage de codes vestimentaires et par la possession de tel ou tel produit électronique. Le jeune s’oriente vers une image sociale comme en témoigne l’intérêt accordé aux marques, signe d’intégration notamment pour les classes sociales défavorisées. La consommation revêt souvent dans ces deux domaines une dimension expérientielle.

Mais ces jeunes, avides de posséder les dernières nouveautés, constituent les cibles privilégiées des médias et des grands groupes industriels et publicitaires qui les accaparent aussi bien dans l’espace de la rue que sur la Toile.

Quelle que soit la manière dont ils s’y prennent, les médias et autres grosses entreprises utilisent toutes les ressources pour ne pas laisser s’échapper des mailles du filet ces jeunes qui représentent une porte d’entrée dans le foyer familial. En effet, en quelques années, ils sont devenus des prescripteurs d’achats qui font dépenser à leurs parents des sommes importantes. Ils interviennent dans l’achat de produits qui ne les concernent pas directement : voitures, ordinateurs, denrées alimentaires, produits relatifs à l’équipement et à l’entretien de la maison. Désormais indispensables à la société marchande, l’enfant et le jeune ont acquis une légitimité commerciale. D’ailleurs, ce phénomène consistant à ce que la publicité et le marketing les abreuvent avec une

 

telle intensité est défini par le terme anglais de « surround marketing ». C’est pourquoi, dans le cas de la téléphonie, les jeunes, outre l’envie de posséder le dernier smartphone désirent le meilleur forfait. Bien évidemment, cette notion de « meilleur » s’entend au sens d’un accès élargi à un maximum de possibilités (applications, Internet,) et non en termes de prix plus avantageux. Finalement, le désir de possession des jeunes peut s’expliquer par le fait que les parents, peut- être sur incitation de la société à prôner les bienfaits d’une sollicitation constante, laissent de moins en moins leurs enfants s’ennuyer. Les parents vont ainsi à l’encontre du développement de leur créativité et de leur imaginaire. Pourtant, ces moments « où l’on semble ne rien faire » sont nécessaires. Les enfants en ont besoin pour se construire, apprendre à mieux se connaître, à réfléchir et à développer leur autonomie.

Dans la société actuelle, on assiste à un bouleversement du statut d’enfant. De nombreux auteurs comme Monique Dagnaud, Marcel Gauchet ou encore Neil Postman, Joshua Meyrowitz et David Buckingham ont attiré l’attention sur ce changement de perception. L’envahissement des médias et des nouveaux outils numériques font entrer plus précocement les enfants dans le monde des adultes est une raison souvent évoquée. Ils peuvent regarder plus facilement des contenus qui ne leur sont pas destinés : sexe, drogue, etc. Mais le désir des adultes de rester jeunes, la prédominance d’une consommation souvent effrénée et un système scolaire fortement compétitif conduisent également les enfants à grandir en accéléré. Ils sont poussés à être autonomes et à avoir des centres d’intérêts qui sont ceux des adolescents.

Pris dans la spirale consumériste et faisant sans cesse l’objet de sollicitations, ils sont considérés comme des adultes en miniature alors qu’ils restent des enfants, proies faciles à convaincre et à manœuvrer.

Cette manipulation se réalise aussi bien dans l’espace extérieur (rues, boutiques) que sur le Net et de manière souvent plus insidieuse et fallacieuse dans le deuxième cas. De surcroît, sur Internet, les jeunes qui ont la possibilité d’acheter sont peut-être plus vulnérables. Acheter semble plus facile car la transaction s’effectue en quelques clics. Il n’y a pas le contact physique avec le vendeur qui peut être intimidant. L’acte d’achat tend donc à être banalisé. Par ailleurs, la publicité sur la Toile n’a pas la même apparence qu’à la télévision ; elle peut prendre la forme de faux blogs ou de fausses publicités. Nathalie Sapena dans son livre intitulé L’enfant jackpot explique qu’une marque, en se faisant passer pour un anonyme, peut parfaitement créer un blog vantant les bienfaits d’un produit. Ou encore, le recours à une fausse publicité détournée par des personnes ou par l’entreprise elle-même afin que ce label reste dans les mémoires. Le but est atteint, on parle de la marque[2] !

 

De la nécessité d’encadrer les pratiques de communication sur Internet

Au demeurant, avec l’entrée massive d’Internet dans la vie des jeunes, le contact avec les écrans se fait de plus en plus tôt. Les objets connectés comme les smartphones, les tablettes et les ordinateurs portables font partie du quotidien des adolescents. Ils sont même devenus omniprésents en classe, à la maison ou lors de leurs sorties. Le temps passé devant les écrans est en hausse, il est environ de l’ordre de trois heures par jour. Si cette durée est inférieure à la moyenne mondiale, elle alerte néanmoins nombre de professeurs, de psychiatres, de psychologues et de spécialistes des médias. En effet, ces nouvelles technologies permettent une exploration quasi sans limites du monde virtuel (jeux, rencontres, avatars) et elles offrent la possibilité de consommer et de partager de la musique, des films, des vidéos notamment avec la communauté élargie du réseau, c’est-à-dire celle ne faisant pas partie du cercle des amis proches dont les relations s’entretiennent également au téléphone et dans la vie quotidienne. Pour ce faire, les jeunes utilisent des sites gratuits et ont souvent une très bonne connaissance des plateformes de streaming, des blogs et des sites comme YouTube, Dailymotion, Myspace, etc.

Ainsi, les relations se tissent surtout à partir de centres d’intérêts partagés et ces outils numériques permettent d’accroître les interactions entre individus. Comme le souligne Serge Tisseron, « dans la culture numérique, chacun souhaite (…) trouver le groupe, même très réduit- de ceux avec lesquels il peut partager le plus grand nombre de choses. L’exposition de soi est donc un outil au service de l’intégration[3] ».

Les jeunes entrent en relation avec un cercle, plus ou moins grand, de personnes sans forcément, d’ailleurs, sortir de leur espace intime, phénomène que l’on appelle la « culture de la chambre ». Ils découvrent et expérimentent « les règles du jeu social » et construisent / développent leur identité notamment sur les réseaux sociaux. Ils sont donc particulièrement attentifs à leur image. En effet, la présence d’une communauté de pairs influe sur la représentation qu’ils donnent d’eux-mêmes. C’est pourquoi, leur image personnelle est préparée avec attention et application et qu’ils ont tendance à se placer en conformité avec ce qu’ils supposent être attendu d’eux. Sur les blogs et les réseaux, il s’agit davantage d’une « projection de soi que [d’] une recherche d’explication de soi ; plus précisément, la réflexivité demeure mais l’internaute ne perd jamais à l’esprit que sa subjectivité va être publicisée et qu’elle doit être affinée sous un angle original [4]». Grâce à toutes ces évolutions, le Net facilite la création artistique et valorise le statut d’artiste

 

amateur. En fait, la Toile a quelque peu modifié la manière de penser la pratique artistique et désormais « L’œuvre est davantage conçue comme un témoignage, une expérience intime voire unique destinée à laisser une trace éphémère, que comme une élaboration esthétique conçue pour la postérité[5] ». En outre, la « gratuité de la Toile » démultiplie les pratiques culturelles et encourage une diversification des goûts autrement appelé « omnivorisme ». Ce terme renvoie à l’inclination d’une personne aussi bien pour des œuvres légitimées par la culture savante que non légitimées. Internet, loin de remplacer les pratiques culturelles traditionnelles (musées, expositions, théâtre) les intensifie souvent.

Ces pratiques numériques ont une résonance certaine sur ces jeunes en pleine adolescence, période qui engendre une ouverture sur tous les possibles et quand leur utilisation se fait en complément de relations physiques quotidiennes, elles enrichissent le monde réel et renforcent les aptitudes sociales des individus.

Néanmoins, il est important que les jeunes aient bien conscience que toutes les informations disponibles sur Internet doivent être analysées et recoupées pour s’assurer de leur véracité et que toutes les informations qu’ils y mettent ne sont pas effaçables et sont susceptibles de tomber dans le domaine public. Les publications de leurs données et de leurs photographies peuvent avoir des conséquences sur leur vie personnelle et professionnelle, elles ne sont donc pas anodines. Les adolescents ne savent souvent pas que le web, marché gigantesque à l’origine de revenus considérables, engendre des pratiques douteuses. Effectivement, les données laissées sur ces espaces (Facebook, Skype, YouTube, etc.) sont ensuite revendues à des grosses sociétés qui les collectent et les exploitent à leur insu.

La problématique des données personnelles est ainsi fondamentale en ce qu’elle recouvre le droit à l’image, le droit d’auteurs, le danger des photographies et la question de l’intimité qu’il est nécessaire de préserver. Si la plupart des adolescents maîtrisent parfaitement les techniques numériques, ils sont, à l’inverse, souvent ignorants des tenants et aboutissants d’Internet. Ils ne se rendent pas compte que leur identité numérique peut véritablement être mise à mal étant donné qu’ils ne sont pas les seuls à avoir prise sur elle. En effet, elle dépend également de ce que des tierces personnes disent et font de l’identité de quelqu’un d’autre. Comme le rappelle Serge Tisseron, elle [l’identité numérique] se constitue au carrefour de quatre séries de traces : notre identité connectée, nos traces volontaires, nos traces involontaires et nos traces héritées [6]».

Au demeurant, il est important de se rappeler que la plupart des jeunes ne font pas écho à leurs parents des contenus les ayant heurtés (pornographie) ou des pratiques de harcèlement dont ils ont pu être la cible[7]. Certainement parce qu’Internet constitue un autre moyen de vivre des expériences et qu’il « transforme la sociabilité des jeunes », ces derniers préfèrent-ils garder cet espace secret et ne pas y faire intervenir leurs parents. Et, inversement, lorsqu’ils sont victimes du Net, ces adolescents préviennent rarement leurs proches. La navigation sur ces outils technologiques est donc souvent une pratique individuelle.

De surcroît, l’utilisation massive des médias et particulièrement d’Internet entraîne une surcharge informationnelle, un phénomène de saturation cognitive défini notamment par le mot valise infobésité. Il s’agit de « recevoir une masse d’informations beaucoup plus importante qu’il n’est possible d’en traiter ou d’en supporter sans porter préjudice soit à la personne soit à l’activité [8]». Désormais avec la dématérialisation du support et la gratuité du Web, l’afflux d’informations est considérable et tout un chacun peut communiquer sur n’importe quel sujet. De cette situation résulte la peur de manquer d’informations à l’origine d’un sentiment d’anxiété et de nervosité. Pour pallier cette difficulté, il faut savoir que les informations disponibles sur la Toile doivent être analysées et recoupées pour s’assurer de leur véracité. L’abondance d’informations ne constitue pas un gage de sa qualité. Comme le rappelle Caroline Sauvajol-Rialland[9], Professeur à Science Po Paris « la croissance informationnelle se fait à qualité décroissante [10]» ce qui est d’ailleurs scientifiquement prouvé. Les risques encourus sont nombreux ; ils vont de la perte de mémoire et de l’atteinte à la créativité aux troubles relationnels en passant par un déficit d’attention, le développement de l’addiction et de l’anxiété. C’est pourquoi, Bernard Stiegler[11] insiste sur la nécessité de réinstaurer des dispositifs collectifs qui garantissent une certification. Auparavant, ces processus étaient pris en charge par les institutions (église, institutions de la République) ce qui n’est plus le cas d’aujourd’hui. Désormais, certaines entreprises vont même jusqu’à créer un sentiment pernicieux en s’appuyant sur des mécanismes qui ne garantissent ni assurance ni confiance.

Par ailleurs, il est nécessaire de différencier la notion d’« information » de celle du « savoir » , ceci impliquant de s’interroger sur la façon de s’approprier les informations et de les réutiliser. Il apparaît qu’au-delà d’un certain seuil, l’information est tellement abondante qu’elle n’est plus assimilable et qu’elle en devient même inutile. D’où l’importance de reformuler l’information, de l’intégrer avec ses propres mots, de l’individuer pour qu’elle devienne savoir. Ainsi, la mise à disposition d’informations ne rend donc pas celles-ci compréhensibles pour tous ; il faut être capable d’analyser ces données, de les comprendre, de les intégrer et de les transformer. Ce processus est primordial face à l’immédiateté de l’information qui mise sur l’émotion et non sur l’analyse. Le temps de l’émotion est celui de l’instant alors que si l’on veut comprendre, cela nécessite du recul et de la distance. Face aux risques d’immédiateté et d’éparpillement, il est important d’apprendre aux jeunes à naviguer entre les différentes formes d’attention : des moments qui nécessitent une attention totale et ceux pendant lesquels on peut mener simultanément deux activités et plus.

Aussi l’éducation aux médias s’avère indispensable. Elle concerne aussi bien la famille, l’école que les pouvoirs publics. Ces différents acteurs doivent prendre conscience de l’ampleur de cette question qui ne relève, non pas d’une dimension individuelle, mais sociétale.

Cette année, dans le cadre du Conseil national de la Consommation, l’avis sur la protection des données personnelles des consommateurs a été remis sur la table afin de « procéder à une analyse de l’état actuel de la question du traitement et de la protection des données personnelles des consommateurs [12]». Outre des points essentiels comme les droits des consommateurs, le consentement, la sécurité relative à la collecte, au stockage et au traitement des données, celui de la protection des mineurs a fait l’objet de mesures particulières étant donné la vulnérabilité de ce public.

 

Pour une éducation à la consommation au sein du cadre scolaire

L’individu et a fortiori le jeune est influencé par la société. Il fait partie d’un tout et ne peut pas se penser en dehors du mode de société, des progrès techniques qu’elle engendre, des stratégies marketing mises en place par les grands groupes industriels et de l’influence massive de la publicité. Pour qu’il puisse porter un regard distancié sur l’environnement sociétal et réfléchir aux choix auxquels inconsciemment il soumet les individus, l’enfant et l’adolescent doivent recevoir une formation et être sensibilisés notamment par la réflexion conduite à l ‘école puis, poursuivie au collège et au lycée. En effet, cet apprentissage, reposant sur la transmission de valeurs et de savoirs doit commencer dès l’école primaire car les bonnes pratiques s’acquièrent tôt.

C’est aussi, et peut-être d’abord de cette façon, que les lignes vont bouger car l’éducation à la consommation aura un plus grand impact si elle s’inscrit dans une politique à long terme. D’ailleurs, nous avons pu constater, lors du salon de l’Éducation de novembre 2014, que cette éducation intéresse les adolescents. Il semble nécessaire de distinguer le temps du collège de celui du lycée, période au cours de laquelle les jeunes changent sensiblement.

À l’exception d’une petite minorité de collégiens qui se détachent de la consommation notamment parce qu’au sein de leur famille, on leur fait prendre conscience des problématiques générales qu’elle induit, ils sont, en toute logique, assez peu à prendre cette distance. Ils reconnaissent qu’en matière de gestion de leur budget, ils sont assez démunis et souhaiteraient être accompagnés. Néanmoins, ce sujet qui suscite l’intérêt des jeunes, est loin de faire l’unanimité chez les professeurs comme le souligne notre enquête. Il est répertorié dans les sujets de moindre intérêt !

Au lycée, cette prise de conscience est beaucoup plus visible car ils sont plus matures et commencent à s’intéresser aux questions politiques. Le choix des études supérieures entre également en ligne de compte. En les amenant à s’interroger précisément sur la profession à laquelle ils veulent se destiner, ils réfléchissent au choix de vie qu’ils désirent avoir et aussi à leur comportement en tant que consommateurs. À ce sujet, une tendance peut être relevée, celle d’une société moins figée dans laquelle les individus changent plus facilement de profession. On peut émettre l’hypothèse que certaines reconversions sont dues au fait que les métiers exercés n’étaient plus en adéquation avec les valeurs des individus. En effet, on peut penser aux personnes qui, après avoir travaillé dans des banques, rejoignent le milieu associatif ou encore à celles qui quittent les filières industrielles pour se tourner vers le bio. Ce constat est révélateur du lien entre choix de vie et façon de consommer, lien sous-tendu par des valeurs propres à

 

chacun.

Aujourd’hui, notre modèle de société est questionné par le désir de remettre les valeurs de partage et de solidarité au centre du système et de redonner une certaine portée sociale aux actes de consommation. C’est le modèle de l’économie collaborative aussi appelée économie du partage. Il couvre plus précisément quatre domaines (la consommation, la production, la connaissance et le financement collaboratifs) et repose sur du lien social. D’ailleurs, ces valeurs de partage, de solidarité, de respect de l’autre et d’écoute sont celles prônées par l’école. Tout en prenant en considération l’individualité de chacun, l’école privilégie le collectif et l’intérêt du groupe sur l’individualisme.

Cette remise en cause du mode de fonctionnement des sociétés capitalistes se retrouve au niveau européen. Ce climat social qui se répand dans différents pays et qui revêt, à chaque fois, une forme propre donne le sentiment que « quelque chose se passe ». Ainsi, il serait bienvenu de s’appuyer sur cette amorce de changement pour impulser un nouveau coup de pouce à l’enseignement de l’éducation à la consommation au sein du cadre scolaire.

Comme le révèle notre enquête conduite auprès de 242 enseignants allant du primaire à l’Université, l’éducation à la consommation est encore loin d’être enseignée dans toutes les institutions scolaires françaises. En revanche, elle est très présente dans les pays nordiques et au Canada comme le montre un des chapitres de notre étude intitulé : Un panorama de l’éducation à la consommation dans les pays de l’OCDE.

En France, elle reste encore majoritairement au bon vouloir des enseignants qui la mettent en œuvre par conviction ou militantisme. Beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine, ils ignorent la parution de textes officiels dont la circulaire Jospin de 1990. Les professeurs se sentent délaissés pour traiter cette problématique de la consommation avec leurs élèves et invoquent plusieurs raisons qui ne diffèrent pas entre le premier, le second degré et l’enseignement supérieur. Ils citent le manque criant de ressources pédagogiques et la pénurie d’informations, le manque de temps, et la carence d’une formation. Ces insuffisances sont un appel lancé à l’ensemble de la hiérarchie du système éducatif. Mais curieusement, celle-ci ne semble pas être très concernée. En effet, elle ne les incite pas à commencer ou à continuer l’enseignement de cette problématique et constitue, très peu ou même pas du tout, une source de motivation pour soutenir l’investissement requis. Pour pallier ce déficit, les professeurs recourent à des documents (outils, sites, programmes, jeux[13]) disponibles sur Internet ou sur papier et s’appuient sur des supports concrets (journaux, radio, étiquettes des produits) mais très peu de manuels scolaires. On note que ce souci de s’éloigner des supports traditionnels de la part des enseignants rejoint le désir des enfants et des adolescents de privilégier une approche ludique et pratique pour aborder ces différentes thématiques.

Pour cette raison notamment, ce sont essentiellement certains thèmes qui retiennent leur attention à savoir l’alimentation en lien avec le gaspillage alimentaire, le développement durable et la question de l’eau, la sécurité des produits qui renvoie aux produits dangereux et à la contrefaçon et enfin la publicité et le marketing. Le cycle de vie des produits et le décryptage des étiquettes sont également abordés dans le cadre plus général du développement durable. En revanche, l’utilisation des réseaux sociaux, de l’Internet et des risques y afférents est un sujet très intéressant pour nombre d’enseignants désireux de conduire une éducation à la consommation dans leur classe. Mais de façon assez surprenante, il constitue un champ peu étudié par les actuels professeurs. Autre objet d’étonnement, le fait que les modes alternatifs de consommation ne retiennent pas l’attention des enseignants alors que ce modèle économique semble être une des voies qui s’oppose au système capitaliste, dont la légitimité est réinterrogée ces derniers temps.

Si de nombreux obstacles se dressent sur la route de l’éducation à la consommation, les professeurs sont, en très grande majorité, favorables à ce que les programmes l’intègrent si celle- ci n’est pas envisagée comme une matière à part entière. On comprend parfaitement cette position, les programmes étant encore trop chargés. En définitive, les professeurs ont à cœur de donner aux enfants et aux adolescents une connaissance de leurs droits et responsabilités en tant que consommateurs, de les sensibiliser aux enjeux environnementaux, sociaux ou économiques de la consommation avec notamment une réflexion sur l’acte d’achat et enfin les informer sur les clés de compréhension du marketing, de la publicité et des médias.

 

Conclusion

L’éducation à la consommation constitue une question sociale et doit amener chacun des acteurs à prendre ses responsabilités. Elle doit être appréhendée aussi bien au niveau global qu’à l’échelle individuelle. Les ressources étant limitées, les désirs et les besoins de chacun ne peuvent pas toujours être satisfaits, d’où l’importance de privilégier une consommation éthique.

C’est pourquoi, en donnant aux enfants et aux adolescents des outils qui leur permettent de devenir des consommateurs réfléchis et responsables, ils seront en mesure de partager cette éducation à la consommation et ainsi, de faire perdurer une consommation respectueuse à la fois d’autrui et de l’environnement. Ils acquièrent, peu à peu, un regard critique qui leur permet de se positionner quant aux valeurs véhiculées par la société.

[1]Jutras France, Enseigner et penser l’éducation à la consommation

[2] SAPENA Nathalie, L’enfant jackpot, Paris : Flammarion, 2005, p150-152.

[3] Tisseron Serge, 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, Paris : Éd Erès, DL 2013, p. 99.

[4]  DAGNAUD Monique, Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, Paris :

Presses de Sciences Po, 2011, p. 29.

[5]  DAGNAUD Monique, Génération Y : les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, Paris : Presses de Sciences Po, 2011, p. 43.

[6]Tisseron Serge, 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, Paris : Éd Erès, DL 2013, p. 107.

[7]  L’étude « Risk and safety on the internet. The perspective of European children », menée par la London School of Economics and Political Science en 2010.

[8]  Le secret des sources : l’infobésité. Frédéric Barreyre. France Culture. Diffusion publique. France, Paris. 30.04.2016.

[9] Caroline Sauvajol-Rialland est également maître de conférence à l’Université Catholique de Louvain (UCL).

[10]Le secret des sources : l’infobésité. Frédéric Barreyre. France Culture. Diffusion publique. France, Paris. 30.04.2016

[11]  Bernard Stiegler est président de l’association Ars Industrialis (2005) et dirige l’Institut de Recherche et d’Innovation (2006).

[12] http://www.economie.gouv.fr/files/files/directions services/cnc/mandat/Mandat-donnees-personnelles- 21sept15.pdf

[13] Ces ressources sont répertoriées dans notre étude.