Fusion Bayer- Monsanto (5)

 

Bayer, société chimique et pharmaceutique allemande, vient d’acheter la société américaine Monsanto, spécialisée dans les biotechnologies agricoles, pour un montant de 59 milliards d’euros.

L’image de ces deux entreprises est ternie par la vente de produits dangereux : agent orange, OGM et herbicides pour Monsanto, Zyklon B et dernièrement, pesticides néonicotinoïdes pour Bayer.

Cette acquisition s’inscrit dans la continuité des prochaines fusions de Dupont avec Dow Chemical et de Syngenta avec ChemChina.

 

Le choix de Monsanto n’est pas anodin pour l’entreprise européenne et il est nécessaire à la multinationale américaine au vu de sa situation actuelle.

En effet, Monsanto s’est à la fois positionnée sur le terrain des pesticides, ainsi que sur celui des organismes génétiquement modifiés. Dès les années 1980, elle a adapté sa recherche sur les semences transgéniques à l’utilisation de son herbicide, le Roundup, dont le composant principal, le glyphosate, a été reconnu cancérigène par l’Organisation mondiale de la Santé.

Cette stratégie de la part de la société américaine a entraîné une utilisation massive du Roundup du fait de la commercialisation d’OGM, qui résistaient largement à ce pesticide. Bayer a donc souhaité étendre cette politique au niveau mondial pour dominer le marché des semences OGM, des engrais et des pesticides.

De son côté, Monsanto, n’ayant actuellement que des semences résistant au glyphosate et essuyant, par ailleurs, de nombreuses critiques à l’égard de ses produits -parfaitement justifiées suite à la révélation d’importants scandales sanitaires- devait impérativement se rapprocher d’un groupe tel que Bayer pour être en mesure de conserver son influence au niveau mondial.

 

Avec ces fusions, le marché de l’agrochimie sera réduit à quatre acteurs principaux (1). Néanmoins, pour être pleinement effectif, ce rachat de Monsanto par Bayer est en attente de l’aval des autorités de régulation de la concurrence européenne et américaine. Ces instances pourraient s’y opposer en arguant que cette fusion entraînera une hausse des prix, augmentera la pression sur les États et limitera la concurrence, ce qui aura pour conséquence de freiner l’innovation et de restreindre le choix des producteurs. Les coûts d’exploitation de ces semences deviendront effectivement plus élevés que ceux des semences locales anciennement utilisées ce qui ruinera de nombreux petits agriculteurs, obligés de s’endetter pour acheter chaque année ces produits.

 

D’ailleurs, dans le cas d’un refus de la part d’une des deux autorités, une indemnité de rupture de deux milliards d’euros est prévue pour Monsanto.

 

Dès à présent, de vives contestations s’élèvent de la part d’organisations environnementales et d’agriculteurs au nom d’une menace sur la santé et sur l’environnement, notamment en Allemagne, pays largement opposé à l’utilisation d’OGM. D’ailleurs, une pétition à l’initiative de trois membres du groupe des Verts au Parlement européen (Martin Häusling, Sven Giegold, Michel Reimon), de Michèle Rivasi (2) et d’Eva Joly est actuellement en ligne et a déjà recueilli près de 40 000 signatures. En effet, n’est-il pas surprenant et alarmant qu’une multinationale en charge de produits pharmaceutiques puisse exercer un contrôle presque total sur la production alimentaire mondiale ? Affaire à suivre…

 

  • BASF, société chimique allemand qui, pour l’instant, ne s’est pas engagée dans un processus de fusion devrait acquérir des secteurs d’activité que les nouveaux groupes nouvellement constitués vont probablement abandonner.

 

  • Michèle Rivasi est une femme politique française, membre d’Europe Écologie les Verts (EELV). Suite à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, elle a fondé la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD).